Copie qu’on forme.

Occident : ensemble des nations supérieures, des puissances économiques dominantes. Espace géopolitique d’où émane le génie de la modernité, la grandeur de l’Homme nouveau, l’avant garde éclairée de la civilisation. Berceau des avancées technologiques les plus  significatives des derniers siècles : l’électricité, la Laguna diesel, le steak tartare et la bombe nucléaire. Empire du savoir et du bon goût, par opposition aux peuplades barbares, et incultes peuplant les autres terres de la planète, incapables de faire la différence entre un chef d’œuvre de Marc Lévy et une fiente de pigeon.

« L’Histoire est toujours écrite par les puissants » se lamente-t-on entre deux louches de caviar au café de Flore. « Et pour cause ! Lorsque les tribus primitives prennent la plume, c’est pour se la mettre dans le cul ! » plaisante-t-on lorsque l’ambiance se fait plus conviviale, plus propice aux confidences. Les journalistes, économistes et autres observateurs de la marche du monde sont pourtant témoins depuis quelques décennies d’un phénomène qui tend à flatter l’égo de l’éminence hégémonique. Quelques nations, tels le Brésil, la Chine, ou l’Inde, tentent d’imiter notre modèle de développement pour, à leur tour, goûter aux joies de la suprématie rutilante. En bons historiens du présent, ils nomment ces audacieuses contrées, les pays émergents. Des pays surgis du néant pour se précipiter dans le vide.

À eux les téléviseurs couleurs plasmas, les grands prix de Formule 1, les appareils à raclette, les stock-options et les subprimes, les tapis de douche antidérapants Ikéa, les Maxi best of Big Mac Huile de Palme, les brosses à dents électriques à régulateur de fluor, les mélopées de David Guetta, l’accès à chiennesenchaleur.com illimité, le poker en ligne avec les conseils de Patrick Bruel traduits en 127 langues, les concours de tuning pour camion… Et à eux également, une espérance de vie plus longue !! Antidépresseurs vendus séparément.

Bienvenue donc à tous ces nouveaux pays qui nous font l’honneur de tenter de nous ressembler, et grâce à qui nous nous sentirons bientôt moins seuls dans l’impasse. Un mimétisme mortifère qui n’est pas sans poser la question des limites de l’imitation.

Un exemple inédit de servitude volontaire, de colonialisme consenti. Un mode de vie peu compatible avec un épanouissement durable de l’ensemble des habitants de la planète. Un modèle de développement économique basé sur l’exploitation des plus faibles. Avilissant l’Homme et son environnement, souillant peu à peu l’espace vital encore disponible. Altérant, détériorant, rongeant.

Oxydant.

Guillaume Meurice.

Nos futurs.

27 juillet de l’an 147 653. Planète Terre. La journée de fouille touchait à sa fin. Un à un, les extraterrestres regagnaient leur base avec le sentiment du devoir accompli. Aujourd’hui encore, les découvertes de traces de civilisation humaine avaient permis de mettre à jour de nouvelles données, facilitant la compréhension de cette espèce éteinte depuis quelques dizaines de milliers d’années. On savait désormais, qu’elle était capable de se tenir debout sur ses membres inférieurs, fabriquer des objets, jouer de la musique, peindre, écrire, élaborer des processus complexes, et participer à Secret Story.

Alors qu’un crépuscule naissant invitait le dernier individu à hâter son allure, il trébucha soudainement sur un objet non encore identifié. En réalité, une affiche, qu’il parvint immédiatement à dater du deuxième millénaire, portant l’énigmatique inscription « Il est impératif de marcher 20 minutes par jour ». Une injonction inédite qui suscita en lui bon nombre d’interrogations. Que risquait donc l’espèce humaine dans le cas contraire ? Avait-elle, à un moment de son Histoire, besoin de se rappeler qu’elle avait des jambes et qu’il était souhaitable qu’elle les utilise ? Devait-on s’attendre à d’autres découvertes de ce type ? « Il est conseillé de respirer régulièrement » ? « Uriner, c’est la santé » ?

Circonspect, il ramassa délicatement l’étrange recommandation, conscient de l’importance de sa trouvaille, et déterminé à la soumettre à l’expertise rigoureuse de son équipe. Lorsqu’il arriva auprès d’elle, une agitation frénétique semblait avoir gagné les esprits. « Que se passe-t-il ? » s’enquit avec empressement l’humanologue. « On vient de découvrir un étrange objet ressemblant à un tapis roulant que les Hommes semblaient utiliser, non pas pour se déplacer, mais pour courir en sens inverse », lui répondit un collègue. Et d’ajouter « Où voulaient-ils en venir en fuyant ainsi sur place ? »

Lorsqu’il exposa à son tour l’écriteau, la surprise générale n’en fut que plus saisissante. « Impossible de trouver une logique comportementale ! » affirma-t-il. « Nous classerons ces deux objets dans la catégorie des grands mystères de l’humanité. Avec les paquets de cigarettes flanquées de la mention Fumer tue, les incitations à consommer de l’alcool en grande quantité mais avec modération, les documents officiels subventionnant l’agriculture industrielle et les publicités du ministère vantant les mérites du bio. Nous ne sommes pas à l’abri de découvrir tantôt des pistolets portant l’étiquette Attention ne pas appuyer sur la gâchette si une tierce personne se situe dans l’axe du canon !! ».

« Décidément, nous ne sommes pas au bout de nos peines. J’ai bien peur que nous ne connaissions jamais le fin mot de la fin de cette civilisation aussi étonnante qu’absurde, aussi intelligente que grotesque… ». Trop évidente, trop éclatante, trop éblouissante, la preuve était pourtant là devant eux ; l’unique raison de la disparition totale de l’espèce humaine : la connerie.

Guillaume Meurice.