Le coin des bambins.

Bonjour les enfants,

Sortez de vos congélateurs, brisez vos chaines du froid, et approchez pour découvrir notre sélection de la semaine !

Comme maman mais en plus jolie, voici Barbie ménagère de moins de 50 ans !

Chouette de la lessive à faire pour toute la famille !!

Youpi du repassage pour que papa il soit tout beau demain à son rendez-vous Pôle Emploi !!

Épanouis toi en choisissant ton programme machine préféré et apprends en t’amusant, les gestes de ton futur quotidien !!

Être une femme libérée c’est pas si facile, alors pourquoi se compliquer la vie ?

Copie qu’on forme.

Occident : ensemble des nations supérieures, des puissances économiques dominantes. Espace géopolitique d’où émane le génie de la modernité, la grandeur de l’Homme nouveau, l’avant garde éclairée de la civilisation. Berceau des avancées technologiques les plus  significatives des derniers siècles : l’électricité, la Laguna diesel, le steak tartare et la bombe nucléaire. Empire du savoir et du bon goût, par opposition aux peuplades barbares, et incultes peuplant les autres terres de la planète, incapables de faire la différence entre un chef d’œuvre de Marc Lévy et une fiente de pigeon.

« L’Histoire est toujours écrite par les puissants » se lamente-t-on entre deux louches de caviar au café de Flore. « Et pour cause ! Lorsque les tribus primitives prennent la plume, c’est pour se la mettre dans le cul ! » plaisante-t-on lorsque l’ambiance se fait plus conviviale, plus propice aux confidences. Les journalistes, économistes et autres observateurs de la marche du monde sont pourtant témoins depuis quelques décennies d’un phénomène qui tend à flatter l’égo de l’éminence hégémonique. Quelques nations, tels le Brésil, la Chine, ou l’Inde, tentent d’imiter notre modèle de développement pour, à leur tour, goûter aux joies de la suprématie rutilante. En bons historiens du présent, ils nomment ces audacieuses contrées, les pays émergents. Des pays surgis du néant pour se précipiter dans le vide.

À eux les téléviseurs couleurs plasmas, les grands prix de Formule 1, les appareils à raclette, les stock-options et les subprimes, les tapis de douche antidérapants Ikéa, les Maxi best of Big Mac Huile de Palme, les brosses à dents électriques à régulateur de fluor, les mélopées de David Guetta, l’accès à chiennesenchaleur.com illimité, le poker en ligne avec les conseils de Patrick Bruel traduits en 127 langues, les concours de tuning pour camion… Et à eux également, une espérance de vie plus longue !! Antidépresseurs vendus séparément.

Bienvenue donc à tous ces nouveaux pays qui nous font l’honneur de tenter de nous ressembler, et grâce à qui nous nous sentirons bientôt moins seuls dans l’impasse. Un mimétisme mortifère qui n’est pas sans poser la question des limites de l’imitation.

Un exemple inédit de servitude volontaire, de colonialisme consenti. Un mode de vie peu compatible avec un épanouissement durable de l’ensemble des habitants de la planète. Un modèle de développement économique basé sur l’exploitation des plus faibles. Avilissant l’Homme et son environnement, souillant peu à peu l’espace vital encore disponible. Altérant, détériorant, rongeant.

Oxydant.

Guillaume Meurice.

Nos futurs.

27 juillet de l’an 147 653. Planète Terre. La journée de fouille touchait à sa fin. Un à un, les extraterrestres regagnaient leur base avec le sentiment du devoir accompli. Aujourd’hui encore, les découvertes de traces de civilisation humaine avaient permis de mettre à jour de nouvelles données, facilitant la compréhension de cette espèce éteinte depuis quelques dizaines de milliers d’années. On savait désormais, qu’elle était capable de se tenir debout sur ses membres inférieurs, fabriquer des objets, jouer de la musique, peindre, écrire, élaborer des processus complexes, et participer à Secret Story.

Alors qu’un crépuscule naissant invitait le dernier individu à hâter son allure, il trébucha soudainement sur un objet non encore identifié. En réalité, une affiche, qu’il parvint immédiatement à dater du deuxième millénaire, portant l’énigmatique inscription « Il est impératif de marcher 20 minutes par jour ». Une injonction inédite qui suscita en lui bon nombre d’interrogations. Que risquait donc l’espèce humaine dans le cas contraire ? Avait-elle, à un moment de son Histoire, besoin de se rappeler qu’elle avait des jambes et qu’il était souhaitable qu’elle les utilise ? Devait-on s’attendre à d’autres découvertes de ce type ? « Il est conseillé de respirer régulièrement » ? « Uriner, c’est la santé » ?

Circonspect, il ramassa délicatement l’étrange recommandation, conscient de l’importance de sa trouvaille, et déterminé à la soumettre à l’expertise rigoureuse de son équipe. Lorsqu’il arriva auprès d’elle, une agitation frénétique semblait avoir gagné les esprits. « Que se passe-t-il ? » s’enquit avec empressement l’humanologue. « On vient de découvrir un étrange objet ressemblant à un tapis roulant que les Hommes semblaient utiliser, non pas pour se déplacer, mais pour courir en sens inverse », lui répondit un collègue. Et d’ajouter « Où voulaient-ils en venir en fuyant ainsi sur place ? »

Lorsqu’il exposa à son tour l’écriteau, la surprise générale n’en fut que plus saisissante. « Impossible de trouver une logique comportementale ! » affirma-t-il. « Nous classerons ces deux objets dans la catégorie des grands mystères de l’humanité. Avec les paquets de cigarettes flanquées de la mention Fumer tue, les incitations à consommer de l’alcool en grande quantité mais avec modération, les documents officiels subventionnant l’agriculture industrielle et les publicités du ministère vantant les mérites du bio. Nous ne sommes pas à l’abri de découvrir tantôt des pistolets portant l’étiquette Attention ne pas appuyer sur la gâchette si une tierce personne se situe dans l’axe du canon !! ».

« Décidément, nous ne sommes pas au bout de nos peines. J’ai bien peur que nous ne connaissions jamais le fin mot de la fin de cette civilisation aussi étonnante qu’absurde, aussi intelligente que grotesque… ». Trop évidente, trop éclatante, trop éblouissante, la preuve était pourtant là devant eux ; l’unique raison de la disparition totale de l’espèce humaine : la connerie.

Guillaume Meurice.

Comédie dramatique.

La magie du cinéma. Ce miroir aux reflets changeants d’un monde en perpétuelle révolution. Réfléchissant avec fracas, stupeur ou compassion les turpitudes d’une époque contrastée. Une formidable machine à émotions qui, tous les ans, se réunit à l’occasion du prestigieux Festival de Cannes, pour défiler en smokings ou robes de gala, vénérer le culte du Moi et péter dans la soie.

Champagne, cocktails, yachts, hélicoptères, jets privés, hôtels de luxe et autres sacrifices indispensables pour ces héroïnes et héros des temps modernes qui consacrent leur destinée à révéler la nature humaine. Ces braves intrépides qui donnent de leur personne pour tenter d’insuffler un semblant de morale et d’éthique dans ce monde vil et cynique, et qui connaissent mieux que personne pour les avoir incarnés – donc éprouvés dans leur chair -, les injustices, les inégalités, et la violence quotidienne. Alors, durant ces quelques jours dédiés au faste des paillettes et du glamour, contraints de vivre dans le luxe et l’opulence, il est aisé de s’imaginer, même s’ils ne paient rien, combien il doit leur en coûter.

Comble de l’ironie fâcheuse, cette année au programme, un film intitulé « L’ivresse de l’argent » dont le résumé s’achève sur une description d’un personnage principal qui tente de « survivre dans cet univers où argent, sexe et pouvoir sont rois ». Quand la réalité rattrape la fiction. Quand l’esprit de ces prétendues festivités se trouve consignées dans une œuvre elle même présentée lors du festival. Dans une sournoise mise en abyme où la cohérence a touché le fond, chaque marche gravie par quelque fortuné foulant le tapis rouge l’éloigne du nécessaire, de l’essentiel, de la base.

En d’autres temps, il était convenu d’admirer des femmes et des hommes qui bouleversaient le monde par leurs faits et gestes. Puis, est venu l’heure d’idolâtrer celles et ceux qui font mine d’être dans l’action. Qui mettent en scène des simulacres au nom du sacro-saint divertissement. Qui imaginent des histoires en lieu et place de faire l’Histoire.

Selon Shakespeare, « Le monde entier est une scène et les hommes et les femmes ne sont que des acteurs ». Certains squattent les premiers rôles tandis que d’autres font acte de figuration. Un malheureux fouille les poubelles de l’hôtel Martinez, prenant garde de ne pas réveiller le réalisateur dormant du sommeil du brave ; de celui qui vient d’obtenir la palme d’or pour avoir parfaitement su saisir en cinémascope toute la misère du monde.

Silence. Ça tourne. En rond.

Guillaume Meurice.

 

Voter à blanc

 

Le 22 avril prochain, la foule citoyenne aux urnes est convoquée. Parmi elle, nombreux sont celles et ceux qui s’y rendront avec la ferme intention de faire entendre leur voix. Après mure réflexion, par simple tradition, par peur ou par envie, avec joie ou bien dépit, leur choix se portera sur l’une ou l’un des candidats déclarés à la présidence de la République. Hormis cependant pour celles et ceux qui, mécontents de l’offre disponible, préfèreront clamer leur immaculée consternation par un vote comptabilisé comme blanc.

 

Car comptabilisé il le sera. Avec les bulletins dits nuls et contrairement à ce que prétendent régulièrement certains experts en plateaux télés davantage qu’en droit constitutionnel. Simplement, il ne sera naturellement pas pris en compte dans les suffrages exprimés. Et comment pourrait-il en être autrement ? Qu’exprime une feuille blanche ? Un bulletin vierge ? Sinon le simple fait de considérer un choix comme le renoncement à toute idée de pureté.

 

Car évidemment, sauf à se présenter soi même, aucun candidat ne sera jamais l’exact reflet de sa pensée et de ses propres attentes. Dès lors, il s’agit pour tout un chacun d’envisager et de jauger ses accointances et ses affinités avec le programme, le parcours, la personnalité de telle ou tel postulant à la fonction suprême. Du communisme au nationalisme en passant par le centre mou et la droite dure, être en désaccord total avec l’ensemble des propositions relève de la mauvaise foi. Combien faudrait-il alors d’aspirants pour contenter l’ensemble du corps électoral ? Le double ? Le triple ? Que désire réellement l’esprit chagrin dont aucune candidature ne trouve grâce à ses convictions ? Demanderait-il la lune que Jacques Cheminade s’empresserait de promettre de la décrocher.

 

La reconnaissance du vote blanc comme un suffrage exprimé continue pourtant d’être réclamée avec insistance par quelques associations citoyennes. Considérée comme une manifestation nécessaire du vote contestataire, elle permettrait de sonder l’état de la démocratie française en faisant annuler le scrutin en cas de majorité relative. Avec une issue pour le moins étonnante : recommencer l’élection en évinçant les participants déchus. Considérant sans doute que d’une génération spontanée de dirigeants politiques vertueux surgira, lors de cette seconde consultation, la femme ou l’homme providentiel, sauveur de la représentation nationale, tel un preux et loyal chevalier. Blanc.

 

Si la pratique de la politique ne se limite pas aux rendez-vous électoraux, ils n’en demeurent pas moins des instants décisifs pour l’avenir d’un pays. L’engagement est d’autant plus pénible que le choix est délicat. Certes, en tombant amoureux d’un fantasme, aucune chance d’être cocu. En refusant de choisir, impossible de se tromper.

 

Mais en ne disant rien, le risque est grand de ne pas être entendu.

 

Guillaume Meurice

Siècle vicieux

L’argent ne fait pas le bonheur. Exclusion, solitude, névroses. Tel est le sombre quotidien de nantis angoissés. Le succès suscite l’envie. La chance provoque la jalousie. L’opulence induit l’isolement. Chaque individu amené un jour à tutoyer les cimes de la notoriété, de la réussite, du pouvoir, connaitra irrémédiablement ces cruels tourments d’infortunés millionnaires. Pauvres riches…

 

Heureusement, des âmes charitables et solidaires se battent sans relâche pour empêcher le désespoir de gagner les plus puissants d’entre nous. C’est le cas d’une association dénommée Le Siècle qui, chaque dernier mercredi du mois, au sein du palace parisien Le Crillon, réunit tout ce que la France compte de journalistes à succès, de politiques en place, de femmes et d’hommes d’affaires influents. Loin du tourbillon de l’actualité. De la folie médiatique. Juste le temps d’une pause salvatrice, en compagnie de l’élite de la Nation, autour d’un bon repas chaud. La crème de la crème. Les grosses légumes. Bref, le gratin.

 

Rien ne filtre de ce qui se passe réellement lors de cette soirée sobrement intitulée Le dîner du Siècle. Quand un puissant rencontre un autre puissant, que se racontent-ils ?

« - Vous en faites pas pour votre histoire de copain vendeur d’armes monsieur Copé. Je vous inviterai dans mon émission pour parler d’autre chose.

- Alors toi t’es vraiment chouette Elkabbach ! Dis Lagardère t’entends ça ?

- Bien sûr qu’il est chouette, il bosse dans une de mes radios. À ton pote marchand d’armes, je peux lui faire des prix si tu veux. J’en vends aussi…

- Génial ! Tenez, je vous ai ramené des cadeaux… Fiscaux, évidemment ! »

Sans nul doute, l’entraide, la fraternité, et la camaraderie prennent le pas sur les ambitions individuelles et la compétition économique. Faites l’amitié, pas la guerre. Les intérêts d’un conflit s’arrêtent là où commencent les conflits d’intérêt.

 

Bien sûr quelques esprits chagrins, jaloux du succès d’une telle œuvre désintéressée et philanthropique, tentent régulièrement de venir troubler la fête. Des miséreux et nécessiteux de ce pays, aveuglés par leur égoïsme outrageant, incapables d’entendre le malaise et la souffrance de la classe dominante. Des individus toutefois rapidement pris en charge par une police nationale garante d’une mission de service public de protection des plus faibles.

 

Regrettons que bon nombre de citoyennes et citoyens déplorent le fait d’être ainsi exclus du cercle des prises de décision, et éprouvent la sensation de ne plus avoir le choix qu’entre la peste et le choléra. La peste et le choléra qui, s’ils veulent bien se laisser inviter lors du prochain dîner du Siècle, permettraient d’en finir définitivement avec l’oligarchie.

 

Guillaume Meurice