HADOPI

On nous en parle depuis longtemps, ça y est, la nouvelle HADOPI est née. Conçue pour empêcher les artistes de choir de leur catégorie socio-professionnelle privilégiée, la Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits d’auteur sur internet est passée à la vitesse supérieure. Fini les Johnny qui partent en Suisse, fini les Justin Bieber qui ne trouvaient plus de coiffeur acceptant de faire crédit. Désormais, ces pauvres artistes sur le point d’être obligés d’écouter les conseils de Nora Berra pourront enfin vivre avec des revenus au-dessus du seuil de pauvreté. HADOPI prend les devants et envoie des dossiers d’internautes fraudeurs aux procureurs de la république. Ce qui veut dire que, si vous vous faites choper, vous aurez pour voisin dans la file d’attente un violeur multi-récidiviste et un voleur avec ou sans usage d’une arme et avec séquestration avec ou sans libération volontaire. Bienvenue dans le monde de Winston Smith. Au fait, qui encaisse les 1500 euros d’amende ?

Mais avant d’enfoncer le concombre plus profond, posons-nous cette légitime question : Qu’est-ce qu’HADOPI ?

Eh bien c’est une excellente question, ce qui prouve dès le départ la qualité de l’auteur de cet article.

J’ai une réponse très simple ici.

Mais ce n’est pas tout ! HADOPI pourrait être considérée comme une vaste fumisterie par d’obscurs adeptes de la conspiration de satanistes qui mangent des bébés au petit déjeuner, si nous n’étions pas là pour défendre avec véhémence ce bijou, ce concentré de démocratie à lui tout seul.

Prenons pour exemple un simple internaute. Un badaud en octets, un usager des routeurs en commun. Vous et moi. Enfin surtout vous. Cet internaute, disais-je, il navigue, lit, se renseigne, et au détour d’un site d’actualités cinématographiques apprend qu’un nouveau film à sensation est enfin projeté. Ni une, ni deux : notre sympathique Guy – Oui, pour des raisons sanitaires nous l’appellerons Guy – se rend sur le site du diffuseur d’œuvre cinématographique de son quartier, pour y apprendre que la place s’y vend à près de douze euros.

« Douze euros ? » se dit-il. « Mine de rien, ça fait quand même deux pintes. »

Cet affreux état de fait en tête, Guy se met à réfléchir sérieusement  au bien-fondé de se déplacer dans le froid hivernal pour faire la queue pendant 20 minutes dans ce même froid hivernal, pour attraper H5N1 au voisinage d’un enfant obèse qui n’aura pas eu la sagesse de supporter la peur bien justifiée de notre ministère de la santé en prenant sagement son vaccin au collège. Vous pouvez respirer.

« Pire que ça ! » jaillit enfin de l’hémisphère cérébral gauche de notre ami. « Ce film pourrait bien être une bouse ! »

Fort de cette incroyable déduction, particulièrement étonnante de la part de l’un de vous, Guy se dit qu’il pourrait bien économiser 12 euros, aller se chercher un pack de six, et regarder ce film à la maison.

Nous allons maintenant évoquer deux cas. Dans l’hypothèse que nous nommerons « une » pour des raisons qui me sont évidentes, donc cela me suffit, Guy se retrouve dans l’embarrassante situation où il a  aimé ce film, le jury du festival de Rocherolle a bien fait de le récompenser. Dans le second cas, que nous nommerons « second cas », Guy s’aperçoit qu’il a vraiment très bien fait de ne pas aller se geler les miches au contact de micro-organisme qui n’en veulent qu’à ses mitochondries, parce que ce film est une sombre bouse.

Dans le cas « une », dès la fin du générique, Guy se dit qu’il aimerait quand même voir ce petit moment de bonheur dans une salle chauffée. « Ben Tiens samedi soir j’ai rien de prévu, je vais me faire une toile. »

Dans le cas « second cas », Guy a fait des économies, il ressent une ivresse légitime après avoir ingurgité un litre de boisson alcoolisée, et se dit qu’il a bien fait de ne pas filer de pognon à Gaumont pour un navet d’un genre qui, d’après la théorie darwinienne, devrait s’éteindre à un moment où à un autre.

Eh bien c’est sans compter sur HADOPI. Vous n’aimez pas les films niais qui mentent dès la bande-annonce, vous ne pouvez plus faire ce que le consumérisme vous apprend depuis votre plus tendre enfance : Vous procurer un produit au tarif le moins cher. Zéro étant en-dessous de douze.

Alors que le nombre d’entrées ne cesse d’augmenter chaque année (on n’hésite pas à écrire « 215,59 millions de places ont été vendues, un record depuis près de 50 ans » chez certains confrères) le gouvernement ne cesse d’aller au secours  de l’industrie du cinéma, qui finalement, doit souffrir de la goutte plutôt que du cancer. Voir d’hypocondrie. Vous me ferez un essai pour la semaine prochaine.

Ainsi, HADOPI vit le jour.

Souvenez-vous, HADOPI, c’est une lettre envoyée à un pirate pour lui dire qu’on l’a vu. Alors maintenant t’arrêtes, ou je viens te chercher et je t’attrape.  Deuxième avertissement, HADOPI coupe le robinet. Enfin façon de parler, ne faites pas les malins, vous m’avez très bien compris. Même vous deux au fond.

Admettons.

Quelques conspirationnistes de ma connaissance n’hésitent nullement à bafouer l’intelligence et le savoir de notre classe politique en affirmant que cette dernière « fait l’autruche, c’est un écran de fumée, ces croutons ne comprennent pas que le progrès est en marche, et que c’est une tentative de faire s’arrêter un train en empilant deux paquets d’ours en guimauve sur les rails. »

hadopi, vue d'artiste.

hadopi, vue d’artiste.

« -Que nenni, me permis-je de répondre. Vous bafouez l’intelligence et le savoir de notre classe politique ! Ils ne connaissent pas la technique, mais ils sont forts en politique. »

Ayant définitivement bouclé le clapet de cet infâme avec la verve d’un véritable conférencier  –j’ai piqué la réplique à Alain Minc- je me rendis dans mon troquet favori et y commandai un Byrrh, en méditant aux derniers mots de l’incongru. Si nos défenseurs de la propriété intellectuelle étaient si mauvais en technique, les politiques se seraient couverts. Par exemple, en reportant la faute sur quelqu’un. Par exemple, celui qui s’est fait prendre, alors qu’il n’a rien fait. Puis une suite de mots me revint à l’esprit. « Délit de négligence caractérisée ».  Pour parler crûment, « T’as rien vu venir, Guy. C’est ta faute, t’avais qu’à prendre des cours de Hack par correspondance sur la route de l’école de tes enfants. Alors maintenant, tu te débrouilles avec eux pour qu’ils fassent leur exposé sur les liens entre les retombées du réacteur 4 de Fukushima et la soudaine apparition de sept espèces de poissons mangeurs d’homme. »

Notre pauvre Guy se retrouve bien marri : il écope d’une douloureuse de 1500 euros, ce qui fait beaucoup de pintes et deux fois moins de places de cinéma, et sans porno pour passer ses samedi soirs en famille.

Pour en revenir aux aspects techniques, la Quadrature du net le fait mieux que moi. Ce nom vous rappelle quelque chose ? Souvenez-vous du bon mot de Christine Albanel à ce propos.

Après avoir  sérieusement secoué mon cortex, ainsi que le tapis préféré du chat, on est en droit de se demander si HADOPI n’est pas qu’un nouvel organisme créé pour payer un collège et une commission dans le seul et unique but de prendre trois exemple de pauvres Guys qui ne sauront pas se défendre face à une accusation sordide et déjà périmée, juste pour faire peur à tout le monde.

Morinv